Sommes-nous faits, tous, pour vivre à deux ?

Une capacité ?

Une norme à laquelle tous les hommes et les femmes ne sont pas sûrs de pouvoir obéir. Non pas parce qu’ils ne le veulent pas – car c’est alors un choix librement consenti – mais parce qu’ils ne se croient pas « faits » pour cela. Ce qui souvent les désole… Ceux-là accusent leur incapacité à vivre à deux, leur caractère qui ne les y dispose pas, quelque chose que les autres auraient et qui leur manquerait. Comme si un gène, un neurone ou une hormone, ne remplissait pas son office.

Un aboutissement ?

Or, c’est ce déterminisme qu’il s’agirait plutôt de questionner : sommes-nous forcément destinés à vivre à deux ? Le couple est-il l’aboutissement logique, inéluctable, de tout individu « normalement constitué » ? L’organisation de notre société, aujourd’hui, ne nous contraint plus à ce schéma : les femmes ayant conquis une certaine autonomie, le seul argument économique ne suffit plus à décréter le couple incontournable. Et pourtant, le célibat continue d’être pensé comme un état transitoire, devenant suspect si on s’y installe.

Un conditionnement ?

Alors puisque nous ne sommes plus forcés de vivre ensemble, serions-nous « fabriqués » pour cela ? Serions-nous guidés par un instinct, un réflexe archaïque qui remonterait à notre préhistoire, à notre vieille habitude de nous regrouper pour survivre ? C’est ce que supposerait cette expression, « être fait pour vivre en couple ». Il n’est pas là question de choix, d’envie, ni même de devoir, mais d’un but auquel notre condition humaine nous assigne, en même temps qu’il nous assure une certaine stabilité.

Un argument commode

Quel intérêt avons-nous à nous croire « faits », ou pas, pour vivre en couple ? Car c’est effrayant de se penser ainsi prédestiné, et de risquer en même temps de passer à côté de quoi on est fait, si jamais on ne rencontre personne avec qui s’installer… L’intérêt de ce conditionnement est double : d’abord il nous évite de sonder notre désir, réel, de nous engager ou non. Puis d’interroger ce qui éventuellement nous en empêche, ce qui nous effraie, et qui peut-être participe de nos échecs passés.

Pas « fait », mais à faire…

Personne n’est « fait » pour vivre à deux. Beaucoup, par contre, redoutent la solitude. Une attirance pour quelqu’un, l’amour qui surgit, le couple que l’on forme, ces étapes racontent notre « plasticité », comme nos conceptions se transforment, s’adaptent aux circonstances, se contredisent aussi. Combien, qui n’étaient pas « faits » pour le couple, ont rencontré celui ou celle avec qui vivre était une évidence, avec qui ils voulaient faire un bout de chemin. Un « faire » qui, lui, n’est pas à subir, mais à créer…

– par Sophie Cadalen