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Les vertus de l’impatience

La patience est une qualité dont on se reproche régulièrement le manque, et que l'on admire chez ceux qui la possèdent. Cette patience nous a été apprise dès la plus tendre enfance. Il ne fallait pas trépigner quand la faim commençait à se faire sentir, ni hurler quand le biberon était long à refroidir. Une leçon que nous rabâcherons le temps passant. Cette patience est-elle toujours si louable ? Pas sûr...

Prendre son temps

Nous venons de faire connaissance – peut-être n’avons-nous dialogué qu’à coup de mails – et sentons bouillir en nous un impérieux désir de passer vite à l’étape suivante. Se rencontrer ? boire un verre ou dîner ? et plus si affinités ? Le réflexe premier sera souvent, alors, de s’appliquer à prendre son temps, de ne pas se précipiter tête baissée dans une aventure incertaine, de ne pas effrayer notre interlocuteur, de ne surtout pas se dévoiler. Car quelles que soient ses justifications, notre retenue est d’abord due à la crainte de manifester notre envie. Et qu’elle se voit refusée…

Attendre des jours meilleurs

Plus tard, quand notre couple est établi, mais que pour des raisons diverses nous n’y sommes pas heureux, il nous sera dit – à moins qu’on se le dise tout seul – que c’est un cap à passer, que cela arrive à tout le monde, qu’il faut être patient. Ces conseils supposent que des jours meilleurs suivront, que notre insatisfaction actuelle est provisoire, que les choses changeront ou que nous nous habituerons. Que notre envie furieuse que « ça » bouge n’est pas de bon conseil, et que nous pourrions regretter nos décisions, quelles soient-elles.

La peur du passage à l’acte

Dans un cas comme dans l’autre, la sagesse serait d’attendre : que la situation évolue si le couple est en crise, que l’on soit sûr de notre motivation et de ses conséquences dans le cas d’un premier rendez-vous. Un appel à ce que rien – ou pas grand-chose – ne se passe, une invitation à n’agir que si nous avons parfaitement cerné nos intentions, et que nous sommes certains de leur bien-fondé. Autant d’arguments derrière lesquels la raison profonde de notre patience se planque : la trouille que nous avons de passer à l’acte.

Perdre le contrôle

Car passer à l’acte, quel que soit cet acte, c’est perdre le contrôle des événements. En rêvant au chéri que l’on vient de croiser sur Internet, on peut faire à sa guise le scénario de nos futurs amours. Le voir, c’est être confronté à sa réalité et devoir improviser, c’est renoncer aux pleins pouvoirs de notre imagination. De même, réagir à un mal-être dans notre couple et déranger son organisation tacite, c’est réaliser peut-être que ce que l’on croyait vouloir n’est pas tout à fait ça, que l’autre ne s’exprime pas comme on l’anticipait.

Pas de temps à perdre…

Les tactiques, les méthodes à suivre ne sont pas d’un grand secours aux abords de l’amour, du désir. La vertu de cette impatience qui nous saisit, et nous pousse à agir, est de prendre le pas sur nos peurs, sur notre conscience qui veut tout régenter et craint de perdre le contrôle. Quand il s’agit de cela, surtout quand on aime ! L’impatience peut nous protéger de la résignation, si dangereuse quand elle s’installe. S’impatienter, ce n’est pas forcément tout casser, mais quelque fois se remettre à bouger, avant qu’il soit trop tard…

– par Sophie Cadalen