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Faut-il être sérieux pour s’engager sérieusement ?

Après avoir enchaînés les liaisons éphémères, après nous être amusés de rencontres légères et jouissives, ou nous être satisfaits de notre célibat, le désir d’un engagement réel, profond, nous pousse à présent. Nous ne voulons plus collectionner les coups de cœur sans lendemain, mais construire une relation qui s’inscrirait dans notre quotidien.

Fin de la récréation

Cette aspiration à s’engager, à « durer » s’accompagne d’un sérieux à respecter qui seul pourrait garantir ce projet. Après avoir été cigales, nous lorgnons du côté des fourmis, qui elles sont consciencieuses et seront à l’abri quand la brise sera venue. Dans le couple que nous formerons un jour avec celui ou celle que nous aimerons, il ne sera plus question de jouer, mais comme je l’entends dire souvent, d’être adultes et responsables. Un état – celui d’adulte – que nous associons à la fin de la récréation.

Nos trois voix

Ce projet, consciemment fomenté, sera en porte-à-faux avec la force de nos pulsions inconscientes, qui elles ne veulent pas renoncer à jouir et à jouer. Dans nos psychismes résonnent trois voix différentes, aux portées plus ou moins grandes selon les individus : la voix de l’autorité, qui nous exhorte à nous « ranger », à être raisonnable, la voix de l’enfant rebelle, qui défit cette autorité et nous inspire audace et créativité, et la voix de notre « moi », qui tente de concilier ces mouvements contradictoires. C’est pourquoi, malgré l’absolue conviction que nous avons de vouloir former un couple solide, quelque chose en nous – le « garnement » – se révolte, et refuse cette interdiction tacite de désormais s’amuser, puisque ce ne serait plus le propos.

Une prison peu réjouissante

Pour qu’un couple puisse résister aux aléas de l’existence, il s’agira de ne pas sacrifier une voix au profit de l’autre, et de laisser vivre en nous ce « garnement » qui nous inspire malice et plaisir, qui seul nous garantit une liberté relative. Car penser le couple comme un lieu forcément grave, d’où toute liberté serait bannie – nous craignons tellement d’en abuser ! – c’est l’assimiler à une prison dans laquelle, quoi que nous affirmions, nous ne serons pas pressés de nous engouffrer… Si le couple nous apparaît comme un gage de confort et de paix, il sera associé en même temps à la fin du futile et de l’inédit, à tout ce qui fait le sel de nos vies.

Une conciliation possible

Comment aménager alors ces mouvements différents, apparemment incompatibles ? Comment nous engager dans une relation, être fidèle, sans perdre une certaine disposition aux surprises et au désir ? Cette conciliation est possible si nous dissocions engagement et sérieux, si nous rompons ce lien obligé entre amour durable et légèreté à bannir. Une légèreté dont nous nous méfions quand elle ponctue notre rencontre. Nous ne croyons pas un demain possible, si ce qui se passe entre nous est trop ludique, trop futile – apparemment – pour garantir des sentiments profonds. Nous réclamons de l’autre de la maturité, des projets, une solidité qui nous rassurerait, tandis que son humour et sa décontraction, même s’ils nous séduisent, n’annonceraient rien de fiable.

De l’importance du plaisir

Le plaisir est aux prémisses de toutes les aventures, qu’elles soient courtes ou qu’elles nous emportent pour un long voyage. À ce plaisir que nous avons, nous ne faisons pas suffisamment confiance, nous le jugeons suspect quand des décisions sont à prendre. Mais n’oublions pas que, quel que soit le sérieux et la sincérité de nos promesses, un amour se vit jour après jour, et s’élabore à chaque instant. Si ces instants, qui mis bout à bout deviendront un long moment, ne nous amusent ni ne nous égayent, c’est alors que nous risquerons de trahir nos belles promesses. N’avons-nous pas remarqué comme les couples les plus heureux, les plus solides, sont sans doute ceux qui se prennent le moins au sérieux, et qui n’ont jamais cessé de rire ?

– par Sophie Cadalen